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A. MADANI; A.
QUESSAR; S. BENCHEKROUN |
I/ INTRODUCTION -
DÉFINITION
Le myélome multiple (MM) ou Maladie de Kahler est une
hémopathie maligne B secondaire à une prolifération
tumorale monoclonale plasmocytaire localisée essentiellement au
niveau de la moelle osseuse (MO). Il se caractérise par une
accumulation de plasmocytes anormaux au niveau de la M.O et qui
secrètent le plus souvent une immunoglobuline (Ig) monoclonale,
véritable marqueur tumoral.
Les principales conséquences des MM sont dues à l'expansion
tumorale médullaire et à la production en quantité importante
d'Ig ou à leur propriétés toxiques.
Le MM, malgré les progrès thérapeutiques réalisés, reste une
maladie non curable. La survie des patients a été certes
prolongée avec l'amélioration des traitements symptomatiques,
la chimiothérapie, l'introduction de la greffe de moelle et
l'immunothérapie, mais moins de 1% des malades ont une durée de
vie supérieure à 15 ans.
Nous envisagerons d'abord des données d'épidémiologie et de
physiopathologie, puis l'étude clinique et les moyens
diagnostiques.
La dernière partie sera réservée aux facteurs pronostiques et
au traitement.
II ÉPIDÉMIOLOGIE
1/ DESCRIPTIVE
Le MM est responsable de 1 à 2% de la mortalité par cancer
dans le monde occidental. Son incidence moyenne annuelle est de
4.7/100.000 chez l'homme et 3.2/100.000 chez la femme. Le
sex-ratio M/F est d'environ 1.5
Il s'observe rarement avant 40 ans (< 2%). L'âge moyen au
diagnostic est de 65 ans.
Le recrutement du SHOP sur une période de 17 ans est de 121 cas.
L'âge moyen des patients est de 56 ans avec 16% âgés de moins
de 40 ans et 3 patients de moins de 30 ans.
2/ ÉPIDÉMIOLOGIE ANALYTIQUE
La cause du MM est inconnue. Des facteurs de risques et
des états prénéoplasiques ont été identifiés.
a) Facteurs de risque
- L'exposition aux radiations ionisantes, au benzène et
autres solvants organiques, aux herbicides et insecticides
pourrait jouer un rôle dans la développement du MM.
- Des cas familiaux de MM ont été également décrits.
- Des cas de MM ont été rapportés chez les patients VIH
positifs. Des études ont également incriminé l'herpes virus
humain 8 (HHV8) dans la genèse du MM.
b) États pré
néoplasiques
Dans certains milieux très médicalisés, des enquêtes
récentes ont rapporté que la majorité des MM ont été
diagnostiqués chez les patients suivis pour une "Monoclonal
Gammapathy of Undetermined significance" (MGUS), ou
Gammapathie monoclonale bénigne.III/ PHYSIOPATHOLOGIE
1/PHÉNOTYPE TUMORAL - NATURE DE LA CELLULE SOUCHE TUMORALE :
La cellule reconnue cytologiquement comme tumorale dans le MM
est le plasmocyte. Ces cellules sont plus ou moins
différenciées. Les cellules tumorales du MM ont un phénotype
de plasmoblaste
La nature du précurseur myélomateux reste inconnue.
Plusieurs type de cellules ont été incriminés comme
précurseur du plasmocytes malins: Lc préB, plasmoblaste ou
cellules immatures.
2/ ONCOGENESE
a) Anomalies cytogénétiques
Des études en cytométrie de flux ont montré une
aneuploïdie dans 80% et une hypoploïdie dans 10% des cas.
Les anomalies de nombre portent sur les chromosomes 3, 9, 13 et
19. Les anomalies de structure portent sur les chromosomes 1, 11
et 14.
Ces anomalies ne sont pas spécifiques du MM
b) Oncogènes
Les événements oncogéniques impliqués dans le MM
portent sur les oncogènes Myc, Bcl2 et Ras.
3/CLONE TUMORAL ET SES RAPPORTS AVEC L'ENVIRONNEMENT
a) Progression tumorale - Facteurs de croissance
La prolifération tumorale est sous la dépendance de plusieurs
facteurs de croissance dont principalement l'IL6, produite
surtout par l'environnement tumoral. Plusieurs études récentes
ont montré cette action proliférante de l'IL6 in vitro et in
vivo.
Les patients atteints de MM produisent en excès de l'IL6
expliquant les taux sériques élevés de l'IL6 et de la CRP dont
la synthèse hépatique est sous la dépendance de l'IL6. Ces 2
paramètres ont une grande valeur pronostique dans la MM. L'IL6
est principalement produite par l'environnement tumoral mais une
production autocrine n'est pas exclue. L'IL6 est également un
facteur stimulant la résorption osseuse.
L'IL6 n'est toutefois pas la seule cytokine impliquée dans la
proliferation tumorale plasmocytaire.
b) Relation avec
l'environnement stromal
Les relations avec l'environnement stromal et
hématopoïétique sont essentielles dans la progression du MM.
Cet environnement apporte en effet les facteurs nécessaires à
la croissance du clone tumoral. Le contact avec cet environnement
péritumoral est sous la dépendance de molécules d'adhésion
dont les plus importantes sont le CD44, CD54, CD56, et CD58.
L'expression de ces molécules est variable au cours de
l'évolution de la maladie.
4/ MÉCANISMES DES LISIONS
La malignité du MM s'exprime essentiellement par une destruction
osseuse, une insuffisance médullaire, une hypogammaglobulinémie
avec infections intercurrentes surtout bactériennes et une
insuffisance rénale. Cette malignité est liée aux facteurs
locaux et généraux principalement l'Ig monoclonale.
a) Conséquences locales
Stimulation de la résorption ostéoclastique et inhibition de
l'ostéoformation.
Une hyperrésorption osseuse au contact de la tumeur est
très caractéristique du MM, bien que non spécifique. Cette
hyperrésorption est médiée par un ou plusieurs facteurs dont
la nature reste inconnue et appelés de façon générale OAF
( Ostéoclastic activator factor) capable d'activer les
ostéoclastes et d'inhiber les ostéoblastes et la synthèse de
collagène.
Inhibition de l'hématopoïèse
L'inhibition des précurseurs hématopoïétiques est
probablement médiée par les cellules NK via certaines cytokines
(NKCF). Une activité IFN-like produite par les cellules
tumorales pourrait agir en synergie avec le NKCF. Cela explique
l'anémie et la thrombopénie. L'anémie est en fait
multifactorielle dans la MM: Inhibition de l'hématopoïèse,
insuffisance rénale avec baisse de l'Epo, hémodilution,
envahissement médullaire.
Suppression
lymphoplasmocytaire polyclonale dont la principale
conséquence est une baisse des Ig non myélomateuse. On observe
également une baisse des lymphocytes B polyclonaux.
Il existe également une depression de la réponse anticorps
primaire et secondaire. Ces anomalies ont pour conséquence des
infections bacteriennes récidivantes.
D'autres anomalies vont faciliter ces infections, notamment, le
défaut d'opsonisation et le déficit de certaines fonctions des
PNN.
A la phase avancée de la maladie, l'aggravation du déficit en
LcT CD4 facilite l'émergence d'infections opportunistes.
b) Conséquences générales
L'Ig monoclonale, par ses propriétés physico-chimiques
est responsable d'un certains nombre de lésions.
Lésions rénales
Plusieurs facteurs sont impliqués dans l'atteinte rénale du MM
(DHA, Hypercalcémie, Amylose, hyper uricémie, infections).
Toutefois, la cause essentielle est une néphropathie
tubulo-interstitielle secondaire à une dégénérescence
hyalines des cellules tubulaires causée par les chaines
légères en excès. Ceci réalise l'aspect classique du rein
myelomateux.
Autres lésions
L'Ig monoclonale peut être résponsable d'autres lésions:
Amylose, dépôts systémiques de chaines lourdes ou légères,
cryoglobulinémie, activité anticorps responsable de neuropathie
démyélinisante, manifestations hémorragique, syndrome
d'hyperviscosité, vascularite.IV/ ÉTUDE CLINIQUE
1/ CIRCONSTANCES DE DIAGNOSTIC
Elles sont diverses, le plus souvent, il s'agit de manifestations
osseuses: douleur, tumeur osseuse, fracture pathologique.
Ailleurs, le MM peut se révéler par une complication:
insuffisance rénale, infection, troubles neurologiques,
manifestations hématologiques, amylose.
Parfois le MM est de découverte fortuite sur un bilan biologique
ou radiologique demandé pour une altération de l'état
général: VS accélérée, anémie ou pancytopénie,
protéinurie, gammapathie monoclonale, déminéralisation
osseuse.
2/ SIGNES CLINIQUES
Il s'agit le plus souvent d'un homme de plus de 50 ans qui
présente des signes osseux, rénaux ou hématologiques.
a) Signes osseux
Ils sont souvent au premier plan
- Les douleurs osseuses sont présentes dans 70% des cas
au moment du diagnostic. Elles siégent le plus souvent au niveau
du rachis, du bassin et des côtes. Elles sont rebelles aux
antalgiques habituels. Couplées à l'altération de l'état
général, elles entraînent une impotence fonctionnelle majeure.
Elles sont en rapport avec une ostéolyse, plus rarement une
fracture pathologique secondaire à un traumatisme minime.
- Les compressions radiculaires et médullaires
s'observent dans 10% des cas. Elles s'expliquent soit par une
ostéolyse avec tassement vertébral compressif soit par une
infiltration épidurale tumorale.
- Les tumeurs osseuses sont rarement révélatrices. Elles
résultent du développement d'un foyer myélomateux médullaire
qui a érodé la corticale et soulevé le périoste. Elles
siègent surtout au niveau du sternum, côtes et crâne.b) Signes généraux
Une asthénie, anorexie et amaigrissement sont fréquents au
moment du diagnostic. L'AEG est retrouvée chez 30% des patients.
L'impotence fonctionnelle qui en resulte ( associée aux douleurs
osseuses) a une valeur pronostique péjorative (Performance
Status).
c) L'insuffisance rénale
Elle est fréquente au cours du myélome. Elle peut être
révélatrice parfois. 50% des patients présentent une
insuffisance rénale.
Elle peut parfois ne se traduire que par une protéinurie.
d) Manifestations
hématologiques
- Le syndrome anémique peut représenter le mode de
découverte du MM. L'anémie est présente dans 60% des cas. Son
mécanisme est multifactoriel ( cf chapitre physiopathologie).
- Les manifestations hémorragiques sont rares. Elles sont en
rapport avec la thrombopénie ou avec le syndrome
d'hyperviscosité responsable d'une thrombopathie fonctionnelle:
inhibition de l'agrégation et des fonctions plaquettaires par
l'Ig monoclonale. Rarement les manifestations hémorragiques
peuvent être liées à l'interaction de l'Ig monoclonale avec
les facteurs de coagulation: II, V, VII, VIII.
- Les manifestations infectieuses sont exceptionnelles à la
présentation. Elles apparaissent volontiers lors de l'évolution
de la maladie et sont en rapport avec l'aggravation du déficit
immunitaire.
- Rarement, peuvent exister des adénopathies et une
hépatosplénomégalie.
e) Manifestations
neurologiques
Elles sont très diverses et de mécanismes multiples.
- Les paraplégies par compression médullaires secondaires à un
tassement vertebral ou une épidurite myélomateuse.
- Polynévrites sensitives, motrices ou mixtes sont rares et de
pathogénie incertaine.
- D'autres manifestations neurologiques peuvent exister à type
de tumeur plasmocytaire cérébrale, de méningite plasmocytaire
où le diagnostic est posé par la mise en évidence de
plasmocytes dans le LCR ou de troubles psychiatriques.
Au total, il s'agit le
plus souvent d'un homme de plus de 50 ans qui présente des
douleurs osseuses inexpliquées associées ou non à une
insuffisance rénale et à un sydrome anémique. Ceci doit faire
évoquer l'éventualité d'un MM et faire pratiquer une étude
paraclinique pour étailler le diagnostic.V/ ÉTUDE PARA CLINIQUE
Les examens paracliniques s'intéressent à 3 volets de la
prise en charge du MM:
1/ Poser le diagnostic positif de MM
2/ Faire un bilan d'extension de la maladie
3/ Établir son pronostic
A/ SIGNES HEMATOLOGIQUES
1/ Hémogramme
Il peut parfois être normal, surtout dans les formes
débutantes. Les anomalies peuvent porter sur une, deux ou les
trois lignées.
a) Lignée érythrocytaire
Le taux d'hémoglobine peut être normal ou bas. Une anémie
normochrome normocytaire aregénérative est observée dans 60%
des cas. Elle peut parfois être très importante (Hb<8g/gl).
Son mécanisme est multifactoriel. L'AHAI est exceptionnelle.
Parfois la numération des GR peut poser certains problèmes
techniques secondaires à l'agglutination des GR par l'Ig
monoclonale, entrainant le classique phénomènes de rouleaux de
GR visualisé sur le frottis sanguin.
b) La lignée granulocytaire
La leucopénie est rarement observée d'emblée, elle est
plutôt presente à la phase avancée de la maladie ou chez les
patients sous chimiothérapie.
En géneral il n'existe pas de plasmocytose sanguine.
c) La lignée plaquettaire
Le chiffre des plaquettes est souvent normal.
Une thrombopénie est comme la leucopénie, observée à la
phase avancée de la maladie ou chez les patients sous
chimiothérapie.
2/ Vitesse de sédimentation
La VS est très souvent accélérée. Ceci est dû à la
présence de l'Ig monoclonale. Elle est souvent >50 mm la 1°
heure. Une VS >120 en dehors d'un contexte infectieux ou
inflammatoire est très évocatrice de MM.
Certains MM à chaines légères, à cryoglobuline ou non
excrétants ont des VS peu augmentées (< 50mm).
3/ Troubles d'hémostase
Les manifestations hémorragiques parfois présentes sont le
plus souvent secondaires à la thrombopénie. Toutefois, peuvent
exister une inhibition de l'agrégation plaquettaire par l'Ig
monoclonale, un déficit da la coagulation plasmatique par
interaction de l'Ig monoclonale avec certains facteurs de la
coagulation ( I, II, V, VII,VIII) ou un déficit en facteur X au
cours de l'amylose.
4/ Myélogramme - biopsie
osteomédullaire
L'exploration cytologique de la moelle osseuse constitue une
étape essentielle dans le diagnostic positif du MM.
Plusieurs aspects peuvent être retrouvés au niveau du
myélogramme :
- Une plasmocytose élevée > 30% des cellules médullaires
posant alors le diagnostic de M.M quand elle est associée à une
gammapathie monoclonale.
- Il existe parfois des atypies cellulaires diverses
:
Æ Cellules plus volumineuses que le plasmocytes normal
avec un rapport nucléo-cytoplasmique plus élevé. Un
noyau plus excentré, à chromatine dispersée avec souvent un
nucléole. Parfois peuvent exister des cellules multinucléées
et des mitoses. Le cytoplasme est moins basophile contenant
souvent des inclusions ou des vacuoles.
Æ Cellules immatures, proplasmocytes ou plasmoblastes de
taille importante (20 à 30mm) à cytoplasme moins basophile, à
noyau plus volumineux, nucléolé à chromatine moins
dense. Cette forme est associée à un pronostic péjoratif.
Quand la plasmocytose est modérée (< 30%) ou le myelogramme
est non concluant la BOM est d'un grand apport, elle permet de
montrer une eventuelle fibrose médullaire (10% des cas) et
détermine le caractère diffus ou nodulaire de l'infiltration
plasmocytaire.
La BOM met en évidence une infiltration plasmocytaire diffuses
ou nodulaire. Parfois (10% des cas) peut exister une fibrose
médullaire modérée.
B/ ANOMALIE PROTÉIQUES :
Elles constituent un critère important de diagnostic
positif.
L'étude doit comporter un dosage des protéines totales, une
éléctrophorèse des protides et une immunoéléctrophorèse au
niveau serique et urinaire
1/ Au niveau sanguin.
a) Protidémie :
Elle est le plus souvent élevée, > 80g/l, parfois
normale n'éliminant pas le diagnostic de MM.
b) Eléctrophorèse des protides (EPP)
Elle met en évidence le plus souvent un pic à base
étroite (80%) dans la zone des gammaglobulines
essentiellement, parfois au niveau des bétaglobulines et
rarement au niveau des alpha.
Dans 10% l'électrophorèse des protides montre une
hypogammaglobulinémie et dans 10% des cas, l'éléctrophorèse
est normale: il peut s'agir d'un MM à chaîne légère,
d'un MM non excrétant ou un MM à Ig D ou IgE.
Une EPP normale n'élimine pas le diagnostic de MM.
c) Immunoélectrophorèse des proteïnes (IEP)
Elle précise le caractère monoclonal de la gammapathie et
détermine son type immunochimique.
Elle précise aussi le déficit en Ig normale associé.
Le caractère monoclonal est précisé par l'existence au niveau
de la paraproteïne d'un seul type de chaîne légère kappa ou
lambda
La paraproteïne la plus fréquemment retrouvée est un IgG (60%)
puis Ig A(20%), plus rarement IgD (2%), IgM ou IgA (<1%).
Parfois le MM est à chaine légère kappa ou lambda (10%).
2/ Au niveau urinaire :
a) Protéinurie :
La protéinurie des 24h peut
être élevée (> 0,5g/24h) et d'importance variable allant
même jusqu'à plusieurs g/24h.
b) Protéinurie de Bence-Jones (B-J)
La protéine de B-J est constituée de chaines légères sous
forme de monomères ou de dimères dans les urines.
Elle peut-être détectée par le test de thermosolubilité,
c'est à dire qu'elle précipite entre 50 et 60°C et se
redissout au-delà puis reprécipite lors du refroidissement.
Cette technique reste peu fiable car ne détecte que les taux
supérieurs à 1g/l. Elle a cédé la place à l'EPP et l'IEP
urinaires
c) EPP et IEP urinaires
Elles permettent de mettre en évidence au niveau de l'EPP la
proteïnurie de Bence-Jonce dans 70% des cas sous forme de pic au
niveau des bêta ou gamma parfois des alpha. L'IEP précise
l'homogeneïté des proteïnes et détermine le type de chaines
légères. L'EPP et IEP urinaires sont indiquées quand l'EPP et
l'IEP sériques sont normales, et en présence de protéïnurie.
3/ Mise en évidence de l'Ig intracellulaire.
Exceptionnellement, quand on ne met pas en évidence de
paraproteïne dans le sang ou les urines dans les MM non
excretants des méthodes d'immunofluoréscence permettent de
mettre en évidence l'existence des Ig en intracellulaire.
4/ Répartition selon le type
de gammapathie monoclonale au service d'Hématologie et
d'Oncologie Pédiatrique:
_____________________________________________________________
Gammapathie
IgG
IgA IgE
IgM IgD
Chaîne
Chaîne
monoclonale
légère K
légère L
%
70
20
0
0
0
6
4 _____________________________________________________________
C/ ANOMALIES BIOCHIMIQUES
1/ Bilan phosphocalcique
a) Calcémie
Une hypercalcémie > 110 mg/l est retrouvée dans 15 à
60% des cas. Elle est due à l'hyper résorption ostéoclastique.
Le taux de la calcémie est variable, il peut atteindre des
chiffres très importants; >150mg/l, responsable alors de
signes de déshydratation, de nausées, vomissements, de troubles
neurologiques (Obnubilation, torpeur, hyporeflexie
ostéotendineuse parfois coma), de troubles cardiaques
(troubles du rythme), et rénaux à type de polyurie, polydipsie
et insuffisance rénale.
b) Calciurie
Souvent modérée, elle se voit en cas cas d'insuffisance
rénale avec hypocalcémie et hyperphosphorémie.
c) Phosphorémie
Une hyperphosphorémie accompagne en géneral l'insuffisance
rénale.
2/ Bilan rénal
L'insuffisance rénale est fréquente dans le MM (30 à 50%) et
parfois révélatrice. Elle se définit par une créatinémie
> 20 mg/l. Elle grève lourdement le pronostic.
3/ Uricémie
Elle est souvent élevée >70mg/l. Elle est due à
l'hypercatabolisme des nucléotides cellulaires et à
l'insuffisance rénale qu'elle peut d'ailleurs aggraver.
La chimiothérapie peut aggraver l'hyperuricémie justifiant
l'utilisation systématique d'urico-inhibiteurs ou
d'uricolytiques.D/ RADIOLOGIE
Les lésions radiologiques osseuses sont un élément du
diagnostic positif ( cf Diagnostic positif)
Le bilan radiologique dans la MM peut être sommaire ne
s'appuyant que sur des radiographies standards. La TDM et l'IRM
osseuses peuvent trouver leur place dans certaines indications
particulières.
1/ Radiographies
standards du squelette
Les radiographies du squelette montrent des lésions
variables dont la plus évocatrice du MM sont les lacunes à
l'emporte-pièce surtout visibles sur la radiographie du
crâne de profil. Ce sont des lacunes arrondies, à contours
réguliers sans condensation périphérique ni réaction
périostée.
D'autres lésions osseuses peuvent exister:
- Des images de décalcification
- Les fractures et tassements vertebraux
-
Exceptionnellement, des lésions condensantes qui entrent dans le
cadre du syndrome POEMS (Polyneuropathie, organomégalie,
endocrinopathies, Ig monoclonales, et lésions cutanées).
Les radios doivent
normalement porter sur tout le squelette mais l'on peut se
limiter aux régions le plus souvent sièges de lésions
osseuses, ce sont les os plats riches en moelle
hématopoïétique: Crâne F+P, Rachis F+P, bassin F en plus des
localisations douloureuses.
2/ TDM et IRM osseuses
Elles sont plus sensibles que la radiologie standard dans la
détection des lésions lytiques osseuses. Elles sont indiquées
dans le cas de MM biologiquement patent sans lésions osseuses
sur les clichés standards ou pour des atteintes vertebrales avec
compression médullaire où elles montrent l'étendue de la
compression ou de l'infiltration épidurale permettant de guider
le traitement local.
E/ AUTRES EXAMENS
D'autres examens paracliniques sont réalisés soit dans un
but pronostique ou dans le cadre préthérapeutique.
1/ Groupage érythrocytaire
Les patients devant être transfusés à cause de l'anémie
ou parfois de la thrombopénie secondaires au MM ou à la
chimiothérapie eventuellement instituée.
Parfois, il existe des problémes de determination du groupe
sanguin à cause du phénomène d'agglutination des erythrocytes
secondaire à l'Ig monoclonale.
2/Echocardiographie
Les patients souffrant de MM étant souvent des patients
âgés, leur fonction cardiaque peut être perturbée. Ceci peut
contre indiquer l'utilisation d'anthracyclines.
L'echocardiographie permet d'évaluer la fraction d'éjection
systoloque du ventricule gauche préalable à l'utilisation
d'anthracyclines.
3/ Bilan hépatique
Un bilan hépatique est réalisé en préchimiothérapie pour
pouvoir administrer des antimitotiques dont la plupart ont un
métabolisme hépatique.
4/Sérologies virales: HBV;
HCV; HIV
Réalisées en prétransfusionnel. Le contrôle des
sérologies est obligatoire, à intervalle régulier, chez des
patients polytransfusés.
5/ß2Microglobuline
Le taux de ß2M est corrélé à la masse tumorale et à la
fonction rénale. Il constitue un facteur pronostique primordial
et est corrélé à la survie.
6/ C Réactive Proteïne (CRP)
La synthèse de la CRP étant sous la dépendance de l'IL6,
facteur de croissance du MM, leur taux sont carrelés d'où
l'utilisation de la CRP comme facteur reflétant le taux de
l'Il6. Le taux de CRP a été également rapporté comme carrelé
à la survie dans le MM.
F/ AU TOTAL
Le bilan paraclinique à réaliser devant un MM se compose
de:
- NFS
- VS
- EPP + IEP sériques
- EPP + IEP urinaires en cas de normalité des EPP et IEP
sérique et en présence de protéïnurie.
- Urée + créatinine sériques
- Bilan électrolytiques sanguin: Na+, K+; Ca++; Phosphore; Ac
urique
- Bilan radiologique: au minimum crâne F+P, Rachis F+P, Bassin F
- Bêta 2 microglobuline
- CRP
- Groupage, bilan hépatique, sérologies virales
VI/ DIAGNOSTIC POSITIF
Poser le diagnostic positif de MM est le plus souvent
aisé en confrontant les critères cliniques, radiologiques ,
biochimiques et cytologiques.
En effet, 2 moyens simples vont permettre de souligner
l'existence d'une prolifération plasmocytaire:
- 1 moyen direct, en mettant en évidence des cellules tumorales
au sein de la moelle.
- 1 moyen indirect; la mise en évidence d'un marqueur tumoral
plasmocytaire ( Ig monoclonale) dans le sang ou les urines.
Les critères diagnostiques du MM édités par le SWOG
(South-West Oncology Group) en 1977 sont rapportés dans le
tableau ci-après.
____________________________________________________________
CRITERES MAJEURS:
I - Tumeur plasmocytaire sur une biopsie
II - Plasmocytose médullaire >30%
III - Pic monoclonal sérique IgG>30g/l, IgA>20g/l
excretion de chaînes légères kappa ou lambda>1g/24h en
l'absence de toute autre
proteïnurie
____________________________________________________________
CRITERES MINEURS
a- Plasmocytose médullaire entre 10 et 30%
b- Composant monclonal sérique ou urinaire inferieur aux taux
cités en III
c- Lésions osseuses lytiques
d- Baisse des Ig: IgM<0.5g/l; IgA<1g/l ou IgG<6g/l
___________________________________________________________
Le diagnostic sera retenu chez les patients dans les cas
suivants:
1/ I + b ou c ou d
2/ II + b ou c ou d
3/ III
4/a+b+c, a+b+d
___________________________________________________________
Au terme de l'étape clinique et
des examens paracliniques, le malade est classé selon la
classification pronostique de Durie et Salmon.VII/ CLASSIFICATION
La survie des patients atteints de MM est très variable
allant de quelques jours à plus de 10 ans. La médiane de survie
est très variable selon les études et les stades allant de 11
mois à 39 mois. Devant cette grande variabilité,
l'appréciation initiale des facteurs pronostiques et leur
réajustement au cours du traitement est essentielle.
La connaissance des facteurs pronostiques s'est considérablement
améliorée depuis la publication de la classification de SALMON
et DURIE en 1975 basée sur l'appréciation de la masse tumorale
qui est corrélée à différents paramètres.
Cette classification en stades à laquelle a été adjoint
l'existence (B) ou l'absence (A) de l'insuffisance rénale a
été depuis longtemps la base des indications thérapeutiques et
est carrelée à la survie.
D'autres facteurs ont prouvé leur importance dans le pronostic
du MM depuis quelques années et sont actuellement associés à
la classification de Salmon et Durie.
1/ PARAMÈTRES CLASSIQUES :
Rentrent dans la classification de Salmon et Durie et
sont corrélés à la masse tumorale. La classification de Salmon
et Durie est corrélée à la masse tumorale représentée par le
nombre de cellules myélomateuses dans l'organisme.
C'est :
- La baisse de l'Hb, reflet de l'envahissement tumoral médullaire.
- La calcémie, bon témoin des lésions osseuses même s'il
n'existe pas de parallélisme entre les 2.
- L'importance et la diffusion des lésions osseuse.
- L'importance du taux de la gammapathie monoclonale.
Le seuil de pronostic péjoratif est différent selon la
classe d'Ig.
- L'insuffisance rénale constitue également un facteur
de mauvais pronostic. Elle est considérée ainsi si le taux de
créatinémie est > 20mg/l.
| STADE |
CRITERES |
Nombre de cellules myelomateuses |
| Stade
I |
Tous
les suivants: |
< 0,6.1012/m2 |
| Stade
II |
ni ceux de I |
0,6.1012 -1,2.1012/m2 |
| Stade
III |
Un
ou plusieurs: |
> 1,2.1012/m2 |
Présence d'insuffisance
rénale: B
Absence d'insuffisance rénale: A
Stratification des MM selon Salmon et Durie
VIII/ DIAGNOSTIC
DIFFÉRENTIEL
La confrontation des données cliniques, biologiques et
radiologiques porte aisément le diagnostic de MM. Toutefois,
quand 1 ou plusieurs critères manquent, on peut être amené à
évoquer certains diagnostics différentiels à différentes
étapes.
A/ A L'ÉTAPE CLINIQUE
Les douleurs osseuses peuvent être rapportées
essentiellement à des douleurs ostéoporotiques. Toutefois, les
douleurs du MM sont permanentes, de type inflammatoire et parfois
non calmées par les antalgiques mineurs.
B/ A L'ÉTAPE RADIOLOGIQUE
L'aspect décalcifiant des lésions peut faire évoquer une
ostéoporose sénile ou post ménopausique parfois une
ostéomalacie. Le bilan phosphocalcique prend alors toute son
importance.
Les lésions lacunaires feront discuter des métastases de
cancers ostéophiles qui présentent une ostéocondensation
périphérique.
C/ A L'ETAPE IMMUNOCHIMIQUE
La détection d'une gammapathie monoclonale n'est pas
toujours synonyme de MM. Sa découverte fera discuter de
multiples affections:
1/ Gammapathies monoclonales
benignes (MGUS)
Elles se définissent par l'absence de toute proliferation
lymphoïde ou plasmocytaire maligne détectable, par une
stabilité évolutive et l'isolement de la gammapathie.
Les critères sont:
- Taux de l'Ig monoclonale: IgG<20g/l ou IgA< 10g/l
- Taux d'Ig polyclonale normal
- Protéïnurie de Bence-Jones < 300mg/24h
- Plasmocytose médullaire< 10% sans plasmocytes
dystrophiques
-
Absence d'anémie, d'insuffisance rénale et de lésions
osseuses
- Calcémie normale
- Bêta 2 microglobuline normale
- Evolution stable
2/ Macroglobulinémie de
Waldenström
C'est une proliferation lymphoïde B maligne faite de
lymphocytes, lymphoplasmocytes et plasmocytes avec secretion
d'une proteïne monoclonale de type IgM. Elle se manifeste par
une altération profonde de l'état géneral, une organomégalie
( SMG, HMG et ADP) un sydrome hémorragique, des manifestations
neurologiques secondaires à l'hyperviscosité. Les lésions
osseuses sont rares.
3/ Maladie des chaînes
lourdes Alpha
C'est un syndrome lymphoprolifératif caractérisé par une
distribution au niveau du pourtour méditeraneen
(lymphome méditeraneen), une infiltration lymphomateuse de la
paroi intestinale responsable d'un syndrome de malabsorption .
L'éléctrophorèse retrouve dans 58% des cas un pic à base
large dans la région des alpha2. la proteïne monoclonale
(chaine lourde uniquement) peut être mise en évidence par
immunoséléction.
d/ Autres affection
- Cirrhose: pic à base large avec un bloc bêta-gamma
- Tuberculose: pic à base large
- Syndrome lymphoprolifératif : LLC-LNH
D/ A L'ÉTAPE CYTOLOGIQUE
Une infiltration médullaire > 30% par des plasmocytses est
synonyme de MM. Toutefois des plasmocytoses modérées peuvent
être rencontrées dans la macroglobulinémie de Waldenström,
MCL alpha, LNH, métastases médullaires...IX/ FORMES CLINIQUES
Le MM ou maladie de Kahler n'est qu'une forme clinique, toutefois
la plus fréquente, des proliférations plasmocytaires malignes.
Il existe également des formes cliniques en fonction des données immunochimiques et en fonction de l'âge du patient.
1/ MM du sujet jeune (< 40
ans)
Très rares (< 2%). Sa fréquence dans la série du SHOP
est de 16%.
Le tableau clinique est similaire au MM du sujet âgé. Les
patients jeunes, vu leur état général souvent meilleur sont
des candidats à un traitement plus intensifs (Allo greffe).
2/ Formes cliniques selon la
présentation
a) Formes à expression rénale
Peuvent se présenter sous différentes formes :
- IR aigue
- Anurie brutale après UIV
- Protéinurie isolée
b/ Formes à expression hématologique
- Il s'agit le plus souvent d'un syndrome anémique avec à
l'hémogramme une anémie normochrome normocytaire
arégénerative. Parfois il s'agit d'un syndrome hémorragique.
Le diagnostic se fera par les examens cytologique de la M.O
réalisés devant l'anémie et montant la prolifération
plasmocytaire.
- La leucémie à plasmocytes:
Réalise un tableau grave avec syndrome d'insuffisance
médullaire et syndrome tumoral comme dans la L.A. L'hémogramme
montre des plasmocytes circulants > 20%. Les lesions osseuses
sont diffuses. Le Pc est gravissime.
c/ Formes immunochimiques :
Le type de MM est défini par le type d'Ig monoclonale. Par
ordre de fréquence on rencontre des MM à IgG, IgA à chaînes
légères et exceptionnellement IgM, IgD et IgE.
--> MM à IgG
Le plus fréquent, 60% des cas. Les complications infectieuses
y sont les plus fréquentes du fait de la diminution des Ig
normales. Ils sont d'évolution plus lente et s'accompagnent peu
d'hypercalcémie et d'amylose.
--> MM à IgA
Représentent 15 à 30% des MM. Ils sont d'installation plus
rapide que les MM à IgG. On retrouve à l'EPP un pic gamma,
bêta ou rarement alpha2.
--> MM à chaînes légères isolées
Leur fréquence est de 10 à 20%. Les chaînes légères, de
faible poids moléculaire, sont ultrafiltrables et passent dans
les urines et entraînent des lésions tubulaires. L'EPP ne
montre q'une diminution des Ig. L'IEP sérique montre des
chaînes légères kappa ou lambda. L'EPP urinaire met en
évidence les chaînes légères et l'IEP urinaire précise leur
type.
La VS est souvent normale. Ils sont de pronostic moins favorable.
--> MM à IgD
1 à 2% des MM. Leur diagnostic est difficile car le taux
sérique de l'IgD est faible. L'importance des chaines légères
de type lambda entrainent des lésions rénales importantes et
des dépots amyloïdes. La survie est en géneral inferieure par
rapport aux autres cas de MM.
--> MM à IgM
0.5 à 5% des MM. Il posent un problème de diagnostic
differentiel avec la macroglobulinémie de Waldenström.
--> MM à IgE
Exceptionnels, ils se caractérisent par un taux élevé d'IgE
dans le sang, une plasmocytose et l'absence de lésions
radiologiques.
--> MM biclonaux
Representent 1% des MM. Il en
existe de multiples variétés en fonction de chacunes de 2
classes associés de paraproteïnes.
Les 2 Ig associées sont de classe differente, mais leur chaine
légère est identique.
--> MM non secrétant
1% des MM où l'on ne retrouve pas d'Ig dans le sang ou les
urines.
La certitude du diagnostic repose sur le myelogramme et sur la
mise en évidence d'un proteïne monoclonale au niveau
intracytoplasmique par marquage en immunoperoxydase ou immuno F.
---> MM à cryoglobulines
Les cryoglobulines sont des proteïnes qui precipitent à froid
et se stabilisent à la chaleur.
Les MM à cryoglobulines representent environ 5% de MM. La
cryoglobuline est souvent de type IgM ou IgG.
Le cryoglobuline precipite à froid au niveau des capillaires
expliquant la symptomatologie : Syndrome de Raynaud,
Hémorragies des muqueuses, purpura, Thrombose,
Hyperviscosité
d) Myélome indolent
(SMM)
Le diagnostic de MM indolent est posé en présence d'un taux
de IgG monoclonale < 30g/l, une infiltration med < 10%,
sans anémie ni IR, ni lésions osseuse et ayant un caractère de
stabilité dans le temps.
Ces patients peuvent bénéficier d'un simple surveillance.
IX/ COMPLICATIONS :
L'IR est, avec les infections, la principale cause de décès
du MM. D'autres complications peuvent également émailler
l'évolution du MM.
1/ L'insuffisance rénale
Présente dans 50 à 60% des cas.
Elle est le souvent d'installation progressive à diurèse
conservée due à une tubulopathie interstitielle mais parfois
aigue oligoanurique aggravée par: DHA, hypercalcémie,
uricémie, l'infection et l'amylose.
2/ L'infection :
Une susceptibilité aux infections est présente tout au long
de l'évolution du MM.
Elle est due à la diminution des Ig polyclonales, diminution des
Lc T CD4.
Ce sont souvent des infections pulmonaires et urinaires d'origine
bacterienne.
Au stade terminal, apparaissent des infections virales et
opportunistes.
3/ Hémorragies :
Le syndrome hémorragique est souvent modéré. Le plus
souvent dû à la thrombopénie ou la thrombopathie.
4/ Complications neurologiques
Sous forme de neuropathies périphériques secondaires à
l'activité de l'Ig. Les compressions médullaires
secondaires à une épidurite myélomateuse et au tassement
vertébral doivent bénéficier d'un traitement en urgence.
5/ Hypercalcémie
Secondaire à l'hyperesorption osseuse. Elle se
manifeste par des signes digestif, neurologique et DHA., l'hyper
Calcémie peut également aggraver l'insuffisance rénale.
6/ Syndrome d'hyperviscosité
Plus rare dans le MM que dans la Macroglobulinémie de
Waldenström. il est lié à l'importance du taux de l'Ig et à
son retentissement rhéologique sur la circulation sanguine. Il
se manifeste par des signes encéphaliques (céphalées,
vertiges, convulsions, déficit moteur voire coma), des signes
visuels (diminution acuité visuelle) et des signes
hémorragiques. Il necessite une thérapeutique urgente visant
à diminuer le taux d'Ig par plasmaphérèse.
7/ Amylose
Elle s'observe dans 5 à 15% des cas de MM souvent à IgD. Il
s'agit d'une amylose immunoglobinique. Les manifestations
cliniques sont similaires à l'amylose non myélomateuse. Le
diagnostic se fera par biopsie des muqueuses (rectale, gingivale)
en mettant en évidence la substance amyloïde.
X/PRONOSTIC
1/ PARAMETRES CLASSIQUES :Sont représentés par les
éléments de la classification de Durie et Salmon. Ces auteurs
ont mesuré le nombre de cellules myelomateuses chez les patients
(TBMC: Total Body Myeloma Cells) et ont montré que le TBMC peut
être prédit par des éléments simples: Lésions osseuses,
Anémie, Calcémie, Taux de composant monoclonal. Le MM est alors
classé en stades qui sont liés à la survie.
2/ LES NOUVEAUX PARAMÈTRES
Découlent des nouvelles connaissances acquises en matière
de physiopathologie du MM. La plupart d'entre eux est accessible
facilement en routine.
a)ß2Microglobuline :
Le taux de ß2M est corrélé à la masse tumorale et à la
fonction rénale. Il constitue un facteur primordial et est
corrélé à la survie.La survie chute de 46 mois à 18 mois
quand la bêta 2 microglobuline est supérieure à 6 mg/l
b) IL6 et CRP
L'IL6 est un facteur de croissance dans le MM.
Le dosage de l'IL6 n'est pas de pratique courante. La synthèse
de la CRP étant sous la dépendance de l'IL6 leur taux sont
correlés d'où l'utilisation de la CRP comme facteur refletant
le taux de l'Il6. Le taux de CRP a été également rapporté
comme correlé à la survie dans le MM.
c) Index cinetique ou pourcentage de cellules plasmocytaire en
phase S (labelling index).
Dès 1980, Salmon et Durie ont souligné l'importance
pronostique de l'index cinetique.
Cette index qui donne le pourcentage de cellules tumoral en
phase S, associé à la ß2m, s'est révelé être un facteur
pronostique discréminant initial et durant
l'évolution de la maladie car l'index de phase S est le meilleur
paramètre pronostique lors de la rechute.
d/ Autres facteurs pronostic
Certaines protéines serique (thymidine kinase, LDH, albumine,
alpha 1 antitrypsine) se sont révéler posséder une valeur
pronostique isolément ou en association avec la ß2m. Leur
avantage est d'être facilement dosable et peut être proposé en
remplacement de l'index cinétique qui nécessite une évaluation
du cycle cellulaire.
e/ Réponse à la chimiothérapie :
La réponse à la CTH garde, comme dans tous les LNH, toute
son importance. La survie chez les patients répondeurs est
plus longue que chez les non répondeurs.XI/ TRAITEMENT :
Le traitement du MM a connu une évolution majeure au niveau
de ses 2 volets.
Le volet symptomatique avec l'introduction des biphosphonates qui
ont permis une meilleure qualité de vie et le traitement de
certaines complications.
Le volet du traitement de fond avec d'abord l'introduction des
alkylants (surtout le melphalan) et de la greffe de M.O.
A/ Traitements symptomatiques
:
Indispensables, ils permettent de lutter contre les
complications et d'améliorer l'état général du patient et de
là, interviennent dans l'amélioration de la survie.
a) Traitement des douleurs
osseuses :
- Le traitement antalgique éventuellement morphinique doit
être prescrit. La radiothérapie à visée antalgique peut
parfois être utile.
- L'utilisation des
biphosphonates constitue un progrès indeniable dans le
traitement des douleurs et lésions osseuses par leur puissant
effet inhibiteur de la resorption ostéoclastique.
Les biphosphonates sont des analogues du pyrophosphate qui inhibe
in vitro la croissance et la dissolution des cristaux
d'hydroxyapatite. Ils possedent une très grande affinité pour
le tissu osseux.
Trois biphosphonates sont actuellement commércialisés:
Etidronate (Didronel*), Clodronate (Clastoban*) et pamidronate
(Arédia*).
b) Traitement de l'hyper
Calcémie.
Le traitement de l'hypercalcémie fait appel à la
réhydratation avec alcalinisation, l'utilisation des
corticoïdes et des biphosphonates qui ont montré leur
efficacité dans les hyper Ca++.
c) L'insuffisance rénale.
Le traitement fait appel au maintien d'une bonne perfusion
rénale par réhydratation associée parfois aux
diurétiques.
L'hémodialyse reste indiquée en cas d'azotémie symptomatique.
d) Compressions médullaires
Constituent une urgence thérapeutique. Le traitement
chirurgical par laminectomie de décompression associée le plus
souvent à la radiothérapie permet la récupération
neurologique dans la majorité des cas.
e) Anémie
Elle nécessite le plus souvent des TS de CG
l'utilisation de l'Epo a également montré son efficacité dans
le traitement de l'anémie. A la dose de 150UI/Kg 3 fois par
semaine, elle permet dans la majorité des cas de corriger
l'anémie. Ses effets secondaires se limitent parfois à une
hypertension artérielle.
f) Infection
Cause frequente de décès, elle doit être traitée de
façon énergique par antibiothérapie empirique synergique et
guidée ultérieurement par les résultats de l'antibiogramme.
g) Hyperviscosité
Le traitement repose sur la plasmaphérèse qui améliore
également les troubles de l'hémostase associés.
1/ Définitions:
a) Rémissions complètes: (RC)
Les RC se définissent comme la régression de tous les
signes cliniques initialement observés, la normalisation des
examens biologiques et radiologiques, la persistance de moins de
5% de plasmocytes sur la moelle sans plasmocytes dystrophiques et
la disparition de la gammapathie monoclonale.
Les RC sont exceptionnellement observées lors du MM.
b) Phase de plateau
Elle se définit comme une stabilité de la maladie avec,
après une phase d'amélioration des signes cliniques et
biologiques, il existe des anomalies minimes du bilan qui ne
regressent plus sous traitement.
c) Rechute
Après la phase de plateau, survient presque toujours une
rechute avec réapparition des signes cliniques et perturbation
du bilan.
2/ Moyens :
a) Chimiothérapie conventionnelle :
Les différents protocoles utilisé incluent les alkylants
(Melphalan) qui a montré son efficacité en monochimiothérapie.
Le protocole MP (Melphalan : 10mg/m2 J1 à J4 , PDN 60mg/m2 J1 à
J4 toutes les 4 semaines) constitue le protocole de réference de
la CTH conventionnellle. La dose de Melphalan doit être réduite
en cas d'IR.
Les protocoles de polychimiothérapie associent au MP un
alcaloïdes de la pervenche, un alkylant ou une anthracycline.
Le choix entre monochimiothérapie et polychimiothérapie
initiale reste discuté. La survie globale est similaire,
toutefois la polychimiothérapie permet des réponses plus
rapides la faisant préferer dans la majorité des cas.
Exemples de protocoles de chimiothérapie conventionnelle:
- Protocole MP:
- Mélphalan: 10mg/m2
J1 à J4
- Prédnisone: 60mg/m2
J1 à J4
1 cure /4 sem
-
Protocole M2:
- Vincristine:
0.03mg/kg
J1
- Endoxan:
10mg/kg
J1
- BCNU:
75mg/m2
J1
- Mélphalan:
0.25mg/kg
J1 à J4
- Prédnisone:
1mg/kg J1 à J7 puis 0.5mg/kg J8 à J14
1 cure / 5 semaines
- Protocole VAD: 1
cure / 4 semaines
- Vincristine:
0.4mg/j J1 à J4 en perfusion continue
- Adriamycine:
9 mg/j J1 à J4 en perfusion continue
- Dexamethasone: 40mg/j, J1 à J4; J9 à J12; J17 à J20
b) Chimiothérapie intensive
:
L'utilisation de forte dose de Melphalan avec ou sans sauvetage
par greffe de moelle est basé sur le principe d'effet dose.
Elle permet l'obtention de réponses importantes dans la
majorité des cas, cependant ces réponses ne sont pas
définitives, la rechute survenant dans 1 delai moyen de 18 mois.
Ce traitement entraîne néanmoins des aplasies profondes et
prolongée responsables de 10 à 20% de mortalité.
c) IFN alpha :
L'IFN alpha en monochimiothérapie peut induire 20% de réponses.
Il trouve son indication actuellement dans le maintien de la
phase de plateau, en effet, à la dose de 3 MU/j 3
x/semaine, il permet de maintenir la phase de plateau et de
retarder les rechutes. Il permet également d'arrêter la
chimiothérapie susceptible d'entraîner des L.A secondaire par
l'effet leucemogène des alkylants.
d) Greffe de Moelle osseuse :
Allogreffe
Envisagée chez les patients jeunes. Elle permettrait des RC
prolongées.
Elle se heurte toutefois à certaines restrictions :
- Peu de patients atteints de MM sont d'âge < 55
ans
- Difficulté à avoir un donneur HLA compatible
- Mortalité par toxicité > 20%
Autogreffe
Le greffon utilisé est de plus en plus à base de cellules
souches périphériques que de cellules médullaires car le
greffon est moins contaminés par les cellules tumorales et la
phase d'aplasie est plus courte.
Elle constitue une "rescue" après chimiothérapie
myéloablative associées à une TBI permettant la destruction du
clone tumoral.
3/ Indications:
Le traitement symptomatique est toujours indiqué
a) Myélome à faible masse tumoral et asymptomatique.
Ces patients ne relèvent que d'une surveillance clinique,
radiologique et biologique incluant la recherche de douleurs
osseuses, de lésions radiologique et sur le plan biologique des
EPP, bilan rénal, Ca++, VS, NFS et moins fréquemment une
exploration de la moelle.
Le rythme de la surveillance doit être rapproché au début (la
non évolutivité est au fait le seul critère pour parler d'MM
à faible masse tumoral et asymptomatique).
b) MM symptomatique et
évolutif.
Les patients < 55 ans doivent bénéficier dans la mesure du
possible d'un traitement intensif (chimiothérapie myéloblative,
TBI et greffe de Moelle). L'utilisation ultérieure de l'IFN est
à discuter en cas d'impossibilité de greffe, le traitement par
polychimiothérapie reste le traitement de référence.
Chez les patient entre 55 et 65 ans, la greffe de Moelle est
responsable de mortalité et de morbidité importante laissant à
la polychimiothérapie une place de choix avec l'IFN. Chez le
sujets âgés, la CTH conventionnelle reste le traitement de
choix..
XII/ ÉVOLUTION ET SURVEILLANCE :
Le MM, en l'absence de
traitement est constamment mortel dans un délais moyen de 6 mois
par complications rénales, hématologiques ou de décubitus. Les
thérapeutiques actuelles ont permis d'augmenter et d'améliorer
la survie des patients même si le MM reste une maladie
incurable. L'évolution sous traitement se fait en général en 3
étapes :
La majorité des MM après traitement d'attaque présentent une
réponse thérapeutique au bout de quelques mois. (Les RC sont
exceptionnelles).
Puis survient une phase de plateau au cours de laquelle les
anomalies restent stables.
Survient ensuite une rechute, inéluctable, dans 1 délai ± long.
La chimiothérapie y est alors moins efficace et les
complications plus fréquentes.
La surveillance des patient se fera sur le plan clinique,
radiologique et biologiques, recherchant au début les critères
de réponse thérapeutiques et au cours d'évolution des
stigmates de rechute.
XIII/ CONCLUSION :
Le MM est une affection qui se caractérise par son
polymorphisme tant sur le plan clinique que biologique.
Les progrès réalisés dans les connaissances de la maladie ont
permis une stratification thérapeutique en fonction des différents
facteurs pronostiques mis en évidence. Malgré un traitement de
plus en plus efficace et qui a permis l'amélioration de la
qualité de vie et l'augmentation de la médiane de survie le MM
reste actuellement une maladie incurable.
REFERENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
1/ Bataille R
Plasmocytomes humains. Epidémiologie, étiologie,
physiopathologie
EMC: Hématologie, 13-014-A-10, 1994
2/ Bataille R
Plasmocytomes humains. Etude clinique, diagnostic et pronostic
EMC: Hématologie,13-014-C-10, 1994
3/ Bataille R
Myélome multiple. Traitements symptomatique et antitumoraux
EMC: Hématologie, 13-014-E-10, 1996
4/ Arrar L
Myélome multiple à propos de 121 cas
Thèse de Médecine, N° 201, 1999, Casablanca